Accompagner un collègue en tension sans s’oublier soi-même

Comment être présent·e pour un collègue en difficulté sans s’épuiser ni se sur-adapter ? Cet article explore une posture d’écoute consciente qui permet d’accompagner l’autre tout en respectant ses propres limites.
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Karine-Rose

Est-ce vraiment possible ?

Il nous est tous déjà arrivé d’être sollicité·e par un collègue stressé, en colère, agité ou en grande tension émotionnelle. Parfois par élan de solidarité, parfois par habitude, nous écoutons… en nous oubliant.

La Communication Non Violente (CNV) m’a appris une autre manière de faire : offrir une écoute de qualité sans me sacrifier, rester en lien avec l’autre tout en restant en lien avec moi-même.

Aujourd’hui, cette posture est devenue fluide, presque naturelle. Voici comment je la mets concrètement en pratique.


1. Clarifier ce qui se passe pour moi avant d’écouter

Avant même de me rendre disponible à l’autre, je commence par me rencontrer.

Je prends quelques instants pour :

  • respirer et vérifier mon état intérieur ;
  • observer ma disponibilité réelle : ai-je l’énergie, le temps, l’espace mental pour écouter ?
  • clarifier mon intention : suis-je là pour « sauver » l’autre, ou simplement pour offrir une présence authentique ?

Cette étape est essentielle. Elle me permet de choisir consciemment d’écouter… ou de poser une limite.

Si je ne suis pas disponible, je peux le dire avec honnêteté et respect. Si je le suis, alors j’entre pleinement dans l’écoute.

2. Écouter vraiment, sans prendre sur moi

Lorsque je choisis d’écouter, je m’engage à être présente sans me sur-adapter.

Concrètement, cela signifie :

  • accueillir ce que l’autre exprime sans chercher à corriger, analyser ou minimiser ;
  • observer mes propres jugements lorsqu’ils apparaissent, sans les projeter sur l’autre ;
  • reformuler ce que j’entends, en nommant les faits, les sentiments et parfois les besoins.

Par exemple :

« J’entends que tu te sens très frustré·e dans cette situation… »
« Est-ce que tu aurais besoin de soutien, de reconnaissance ou de clarté ? »

Cette reformulation aide souvent mon ou ma collègue à se relier à ce qui est vraiment vivant en lui ou elle, plutôt qu’à rester dans le reproche ou la tension.

Je suis également attentive au langage du corps : un soupir, un relâchement des épaules, un rythme de parole qui ralentit… Autant de signes d’apaisement lorsque l’écoute est juste.

3. Exprimer mes limites quand l’échange devient trop coûteux

Même avec les meilleures intentions, il arrive que l’écoute devienne lourde ou épuisante.

Lorsque je sens que ma disponibilité diminue, la CNV m’offre un cadre clair pour poser une limite, sans culpabilité ni agressivité.

Je peux alors m’exprimer ainsi :

  • Observation : « Cela fait plus de vingt minutes que nous échangeons… »
  • Sentiment : « …et je me sens fatiguée et dispersée… »
  • Besoin : « …parce que j’ai besoin de récupérer et de clarté pour poursuivre ma journée de travail. »
  • Demande : « Est-ce que nous pouvons reprendre plus tard, ou que tu trouves quelqu’un d’autre à qui en parler pour l’instant ? »

Poser une limite claire, c’est prendre soin de la relation autant que de soi.

4. Prendre soin de moi après l’échange

L’accompagnement ne s’arrête pas à la fin de la conversation.

Après coup, je prends le temps de :

  • vérifier comment je me sens ;
  • m’offrir un moment de récupération (pause, respiration, écriture, mouvement) ;
  • accueillir mon vécu avec bienveillance, même si tout n’a pas été « parfait ».

La CNV n’est pas une performance. C’est un chemin d’apprentissage, une évolution progressive de posture qui se construit au fil des expériences.

Offrir une présence sans s’oublier

La clé, pour moi, réside ici : je ne suis pas responsable de résoudre la tension de mon ou ma collègue. Ma responsabilité est de rester authentique, présente et reliée à mes propres limites.

Cette posture change profondément la qualité des relations professionnelles. Elle permet d’apaiser les tensions sans s’épuiser, et ouvre la voie à des échanges plus humains, plus respectueux, plus conscients.

Et si vous faisiez, vous aussi, ce premier pas vers une autre manière d’être en relation au travail ?